UssaR : « J’aime la puissance des choses que ce soit en amour comme en orchestration »

par | Nov 4, 2021 | Cultures, Musique | 0 commentaires

UssaR – Crédit : Zélie Noreda

La voix recèle en elle tout notre intimité la plus secrète et il faut du temps, souvent, pour l’assumer, savoir la placer, réussir à la montrer. Si Emmanuel Trouvé connait bien la scène et tutoie la musique depuis longtemps pour les autres, cela fait un an vraiment qu’il est devenu, pour lui, UssaR. Un pianiste, compositeur, chanteur à la voix profonde et aux graves qui vous touchent jusqu’à l’échine. Ses musiques hybrides et sombres appellent à la belle mélancolie dans « Etendues ». Le titre qui l’a révélé et avec lequel il est inévitablement « storysé » sur les réseaux ? « 6 milliards ». Une chanson d’amour piano-voix à couper le souffle et faire tomber les larmes, mais sans pathos, promis. Les mots sont juste là, posés, reste plus qu’à vous projeter. Car c’est ça la musique d’UssaR, du cinéma pour les oreilles, des notes qui vous transportent, des textes qui vous visent. Il a répondu à nos questions.

Salut UssaR, qui es-tu ?

Je suis un grand bonhomme qui trimbale son mètre quatre-vingt-dix sur la scène depuis un bout de temps. Après avoir vadrouillé avec beaucoup d’artistes et après avoir découvert ma voix alors que je ne me destinais pas à ça. Mais j’ai trouvé que c’était un énorme kiffe d’explorer ce nouvel instrument alors je me suis lancé. Je suis aussi pianiste, claviériste et producteur.

Ton premier instrument avant d’être la voix, c’est le piano ?

Oui. Je pensais que je ne chantais pas bien car je n’écoutais pas ma voix. Enfin je l’écoutais à travers des chansons que je passais en boucle comme celles de Stevie Wonder. En chantant dessus, évidemment ça sonnait pas super bien…

Comment t’est venue alors l’impulsion de te lancer seul, de chanter ?

Comme je suis producteur, j’ai commencé par écrire des chansons et à sortir mon micro. J’essayais de voir par curiosité où ma voix sonnait le mieux. Dans ces cas là, en musique, t’essaies de gouter les notes, les tonalités, tu regarde comment ça sonne et ça résonne. A force d’écrire les chansons, je me suis retrouvé avec des dizaines et des dizaines de textes. Quand il y en a autant, on finit par se dire qu’elles ne sont pas pour les autres mais pour soi. J’ai mis dix ans avant d’assumer vraiment.

Comment définirais-tu ton style ?

Je fais de la chanson française. De la variété. J’aime ce terme, il est noble. Aujourd’hui, il flotte dans des bains de musiques différentes. Je ne pense pas avoir un style particulier mais je concilie au contraire différentes méthodes de productions. Je suis influencé de toute part.

Quel est ton processus créatif ?

Je pars en général d’un mot ou d’une phrase qui m’accroche et je tourne autour. Mais parfois ça peut être une mélodie qui me capte ou alors je bidouille quelque chose au piano ou à l’électronique. Mais le plus souvent, c’est une phase qui me donne un cadre pour m’appliquer ensuite sur la prosodie. C’est une sorte de va et vient, le piano est jamais très loin. Je pense avoir une écriture assez cinématographique. J’ai besoin d’être à un endroit pour écrire, visualiser le personnage, le lieu, le cadrage. Il faut de la dramaturgie dans une chanson avec un dénouement au sens théâtral. Même si ce n’est qu’un enchainement de couplets et de refrains, il faut que ce soit visuel. 

Pourquoi le piano d’ailleurs ?

Comme beaucoup d’ado, j’avais envie de trouver un endroit à moi, ailleurs, qui ne soit pas du sport ou les potes. Un endroit plus solitaire et mystique. J’en ai parlé  mon frère qui est guitariste, bassiste et directeur d’une école de musique. Il m’a dit qu’il me voyait davantage derrière un piano. Et mon grand-père était pianiste et organiste, j’étais fasciné par l’instrument. J’ai eu une révélation assez tard, vers 15 ans, mais c’était vraiment une révélation.

Pourquoi UssaR comme nom de scène et pas Emmanuel, ton prénom ?

C’est en rapport avec les hussards oui mais c’est surtout pour parler de cette guerre intérieure qui nous traverse touts à un moment donné. C’est une façon d’aborder de façon sincère les conflits intérieurs qui partent et reviennent tel le ressac et le reflux de la mer. Et puis, utiliser un nom de scène me permet de mettre une certaine distance tout en me plongeant pleinement et sincèrement dans mes musiques. Ça me permet d’assumer complètement les textes sans que ce soit Emmanuel qui parle car Emmanuel on s’en fout.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Je suis fasciné par les trucs qui vont fort, vite, loin et qui se crashent. Ça peut être les voitures, les fusées mais aussi les vagues. J’aime la puissance des choses que ce soit en amour comme en orchestration.

Et quelles sont tes influences musicales ?

Elles sont nombreuses et très différentes. Je pense à Renaud pour son côté storyteller. Mais il y a aussi Keith Jarrett ou encore Flying Lotus et Aphex Twin pour leur liberté totale. Ils font ce qu’ils ont envie, même si ça ne plait pas.

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