Fashion Week Responsable : la superbe initiative du podcast de mode “Nouveau Modèle” de Chloé Cohen

par | Mar 3, 2021 | Modes | 0 commentaires

Chloé Cohen, fondatrice du podcast “Nouveau Modèle” – Crédit : Presse

Dans la vie, il y a celles et ceux qui s’engagent et c’est déjà très bien et il y a celles et ceux qui s’engagent plus plus plus et c’est encore mieux. Chloé Cohen fait sans aucun doute partie du deuxième groupe. Journaliste d’un côté et passionnée de mode de l’autre, elle crée en 2018 un podcast francophone sur la mode responsable alors qu’elle travaille comme correspondante à New York et se fatigue à suivre les élucubrations de Donald Trump. A cette époque, ce nouveau média d’écoute en France commence à prendre alors qu’aux Etats-Unis, c’est monnaie courante. Par ailleurs, les tables rondes autour de l’éco-responsabilité sont en pleine effervescence. Il n’en fallait pas plus à Chloé pour se lancer et parler fibres et engagements éthiques. Forte de son média Nouveau Modèle qui cartonne et de toutes ses rencontres, voilà qu’elle lance en partenariat avec l’association Purpose UK sa Fashion Week Responsable en réponse à la semaine parisienne traditionnelle qui a lieu dans quelques jours.

Salut Chloé, tout d’abord, pourquoi le podcast ? Pourquoi ce média pour parler de mode durable ?

Personnellement, j’étais déçue par la presse traditionnelle. Je ne trouvais pas ma place et surtout j’étais lasse du peu de temps que l’on devait accorder à nos sujets là où, je pense, qu’il est important d’en avoir pour faire de vrais papiers de fonds, qui ont du sens. Avec le podcast, on prend le temps. Le temps de parler aux gens. J’ai donc créé Nouveau Modèle en plus de mon travail. Au début, j’avais peur d’être jugée mais je n’avais pas d’attente sur la réussite ou non du podcast. Mais je me suis rendue compte qu’au fil des publications, les épisodes faisaient de plus en plus d’écoutes. J’ai compris qu’il y avait un intérêt pour le sujet de la mode responsable.

Tu t’es donc mise à interviewer des marques de mode engagées ?

Plus que la marque, c’est la personne qu’il y a derrière qui m’intéresse, sa personnalité, ses valeurs, ses points de vues. Et quand ce n’est pas une personne, je pense plutôt mes épisodes à partir de thématiques.

Ce sont ce travail minutieux d’écoute et ces découvertes qui t’ont menée à l’idée de lancer la Fashion Week Responsable ?

Oui sans aucun doute. Ce projet a connu deux phases. La première a eu lieu l’année dernière quand j’ai d’abord cherché à faire du bruit via les réseaux sociaux et la rédaction d’une lettre ouverte. A l’époque, Brune Poirson, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire (qualifiée de ministre officieuse de la mode par le New York Times, NDLR) parlait beaucoup de son engagement pour une mode plus éco-responsable. C’était déjà un grand pas que le Gouvernement aborde le sujet mais qu’en était-il des actions concrètes ? Puis l’association Purpose UK, qui soutient les projets engagés, m’a proposé que l’on fasse quelque chose ensemble. On s’est alors demandé ce qui pouvait être impactant dans le secteur et l’idée de la Fashion Week Responsable qui aurait lieu pendant la Fashion Week Parisienne reconnue dans le monde entier s’est présentée à nous.

Comme se passe concrètement cette Fashion Week ?

Via une vidéo, nous avons mis en lumière dix marques selon différents critères. D’abord, j’ai évidemment contacté celles qui m’avaient soutenue pendant la première phase l’année derrière. Puis, avec Purpose, on a tenu à puiser dans les personnalités que j’avais déjà interviewées. De cette façon, on a constitué un panel de marques variées, susceptibles de plaire au plus grand monde. Car c’est ça aussi la mode, répondre à toutes les diversités.

Qu’ont-elles en commun ?

Elles ont toutes des valeurs sociales, elles sont made in France ou in Europe (la plupart du temps du Portugal) et ont toutes une vraie tracabilité au niveau de la chaine de fabrication. Elles ont aussi le courage de proposer des innovations comme la marque Balzac par exemple qui pense de nouvelles matières et de nouveaux jeans. Elles privilégient l’upcycling afin de préserver les ressources. C’est le cas de Gaëlle Constantini ou encore Les Récupérables. Elles maitrisent de A à Z leurs créations avec une logique locale, engagée et responsable.

Et ce n’est pas tout puisque vous avez également organisé un sondage avec l’institut Ifop et dont les résultats sont significatifs.

Oui, Prupose et Ifop ont interrogé un échantillon de 1020 personnes représentatif de la population française âge de 18 ans et plus. Et je reconnais que certains résultats sont bluffants. Par exemple, 81 % des Français seraient favorables à la mise en place du Fashion Week responsable. Mais aussi 70 % d’entre eux seraient partant à l’idée d’arrêter de consommer de la fast fashion. Alors, oui, l’écart peut être important entre ce que l’on dit et fait vraiment mais la preuve de ces chiffres c’est qu’il y a une prise de conscience générale. Et c’est bon signe. Parce que, dans ces 70 %, 39 % ont déjà arrêté la fast fashion. Ce n’est pas rien !

Dans cette même étude, on constate que seulement 51 % des Français font confiance aux engagement éthiques et écologiques des grandes marques. C’est assez peu. Pourquoi selon toi ?

C’est une tendance de fond qui ne concerne pas que le secteur du vêtement. Les gens ne croient plus les gros groupes. Entre le discours lisse d’une marque et la réalité derrière, des tas d’exemples édifiants ont mené à cette défiance générale. Et puis, l’accès à l’info est plus facile aujourd’hui donc les gens commencent à avoir des connaissances plus pointues sur ce qu’est une mode responsable, sur ce que veut dire un label ou l’historique d’une marque. Il y a une grande exigence des consommateurs. Ils ont conscience que la transition écologique est complexe et lorsqu’ils sont face à des discours hyper simples des marques, ils ne trouvent pas cela cohérent. C’est valable pour la mode, pour nos instances dirigeantes, les grosses entreprises… Les gens ne veulent plus d’opacité et demandent de la transparence.

79 % des Français seraient intéressés par la mise à disposition d’un label clair, décerné par une entité indépendante, avec un score écologique sur les vêtements.

64 % seraient prêts à payer plus cher pour un vêtement éthique et écologique, quitte à en acheter moins.

81 % seraient fières de l’image de la France renvoyée par une Paris Fashion Week entièrement responsable, c’est à dire soucieuse de l’impact de sa production sur l’environnement et sur les conditions de travail.

92 % pensent que le gouvernement français devrait s’investir davantage pour soutenir le Made in France et que l’UE devrait davantage soutenir les petites entreprise de mode qui oeuvrent pour des productions durables et éthiques.

55 % affirment que c’est à la fois aux consommateurs et aux autorités de s’engager en faveur de productions de vêtements durables et éthiques.

Revenons à quelque chose de plus léger, quelles sont les personnalités que tu as interviewées qui t’ont le plus marquée ?

Il y en a plein, c’est dur de devoir choisir. Mais pour te répondre, dans mes derniers épisodes, j’ai adoré la joie de vivre et la personnalité ultra solaire de Sandra Sisley ; l’engagement qui m’a chamboulée de Dilnur Reyhan, elle alerte depuis des années sur la situation des Ouïghour.es ; ou encore Amélie Pichard qui est totalement à part dans ce monde.

Quels sont les podcasts que tu écoutes ?

J’ai commencé avec “Génération XX” et “La Poudre” donc je leur reste fidèle. J’ai récemment découvert “Vivons heureux avant la fin du monde” d’Arte qui est génial ! Et j’aime beaucoup écouter des épisodes de “Philosophy is sexy” de Marie Robert.

Des projets à venir ?

La Fashion Week Responsable était le gros projet en cours. Je vais évidemment continuer mes épisodes de Nouveau Modèle mais le but est toujours d’interpeller le Gouvernement. Alors, sous quelle forme, je l’ignore mais ce sera surement la phase trois !

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