© Bertrand Duquenne

Cette année plus que jamais, le Vendée Globe a fait rêver. Le 8 novembre dernier, trente-trois marins dont six femmes ont tenté de relever un défi un peu fou : celui de faire le tour du monde sur l’eau, en solitaire, sans escale, ni assistance. Ce défi, Miranda Merron, navigatrice anglaise, est la troisième femme de l’édition 2021 à l’avoir relevé. Et quelle prouesse : son premier « Vendée Globe », cette Cherbourgeoise d’adoption l’a achevé en 101 jours, 8 heures et 56 minutes. Miranda Merron a marqué la traversée avec des écrits particulièrement vivants qu’elle distillait sur son compte Instagram durant sa traversée. Une inspiration si enthousiaste que le public s’est régalé lorsque la navigatrice de 51 ans a franchi la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne sur « Feeling good », en février dernier. Pour « Marcel/le », elle a accepté de revenir sur cette formidable course. 

Comment êtes-vous tombée amoureuse de la navigation ? Votre famille a beaucoup navigué je crois…
C’est grâce à mon père qui m’a appris à naviguer en dériveur quand j’étais gamine. Quand j’avais huit ans, nous habitions au Canada et mes parents ont acheté un voilier. Juste avant mes dix ans, mon père a changé de travail, et nous sommes partis en Angleterre – en traversant l’Atlantique sur ce voilier. Nous avons à nouveau traversé l’Atlantique quand j’avais douze ans lorsque mes parents ont décidé de déménager à Puerto Rico. Après mes études, j’ai eu une carrière de quatre ans dans la publicité avant de tout plaquer et de tenter ma chance dans le milieu de la voile. 
Quel rapport entretenez-vous avec la mer, les courses, la navigation… ? Que ressentez-vous sur un bateau ?
J’ai énormément de respect pour la mer. La mer demande de l’humilité. Quelle chance de pouvoir passer du temps, en course ou en convoyage, dans un environnement aussi magnifique, sauvage ! La mer représente la liberté absolue et la responsabilité absolue aussi.

 

Quand avez-vous envisagé de participer au Vendée Globe ?
J’avais un projet « Vendée Globe » il y a une quinzaine d’années qui n’a pas abouti, et après je n’y ai plus pensé jusqu’à ce que mon compagnon Halvard Mabire (navigateur français, ndlr) fasse le pari fou de nous lancer dans ce projet extraordinaire il y a un peu plus de deux ans.
Racontez-nous comment l’envie est née.
C’était en 2001, j’étais à l’arrivée de Roland Jourdain qui a pris la troisième place du Vendée Globe. C’est à partir de ce moment-là que l’idée de la course au large en solitaire a commencé à m’interpeller. Je n’étais pas assez mûre pour ça avant.
Qu’est-ce qui vous a vraiment encouragé à relever le défi ?
Plusieurs choses. L’envie de participer à une course autour du monde en solitaire, l’aboutissement de ma carrière en quelque sorte. Et puis la volonté de remercier notre sponsor de longue date, Campagne de France. Le pari osé d’Halvard aussi.
Comment prépare-t-on un départ, un projet comme le Vendée Globe ?
Enormément de travail de préparation sur le bateau, énormément de paperasse aussi, des heures d’entraînement et quelques courses de longue distance. 
Qui vous a accompagné durant la préparation ? 
J’avais une toute petite équipe, la plupart du temps j’étais avec Halvard, et ponctuellement j’avais de l’aide sur certains postes. 
Financièrement, comment avez-vous procédé ? Je crois avoir lu que votre budget était tout petit…
Oui, c’est exact. Nous avons fait avec les moyens disponibles, c’est-à-dire le budget de « Campagne de France » et un petit complément de budget du département de La Manche et de la Région Normandie. En gros, beaucoup de travail, souvent sept jours sur sept. 
Comment annonce-t-on à ses proches qu’on envisage une traversée du monde en solitaire, sans escale, ni assistance ?
Ma famille m’a toujours soutenue, même si je ne pense pas qu’ils ont toujours dormi sereinement pendant le Vendée Globe. C’est peut-être plus difficile pour ceux qui sont à terre. 

 

Cette crise sanitaire vous a-t-elle poussé à laisser tomber l’édition, à un quelconque moment ?  
Au contraire. Il me semblait plus qu’essentiel que la course, qui est une course en solitaire, donc confinement par excellence, ait lieu. 

 

Vous êtes arrivée il y a un peu plus d’un mois. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Le retour à la terre a-t-il été éprouvant quand on a connu 101 jours de liberté ?
Ça prend du temps de se remettre physiquement. Pour ce qui est de la liberté, je trouve qu’on a encore moins d’espace sur Terre qu’avant le départ du Vendée Globe, et cela me désole. 

 

Quel est votre souvenir le plus fort durant cette traversée ? 
Cap Horn (le point situé à l’extrémité de l’Amérique du sud, dans l’archipel de la Terre de Feu, au Chili, ndlr). C’était une journée extraordinaire qui a commencé avec des grains (lorsque la vitesse du vent s’accélère brusquement, ndlr), le Cap Horn était visible sous la pluie, puis le ciel bleu est apparu avec des nuages lenticulaires (qui ressemblent à des soucoupes volantes, ndlr), des albatros, le parfum envoûtant de la terre humide… Je n’avais pas vu la terre depuis soixante-neuf jours. 

 

Qu’est-ce que cette expédition vous a appris sur vous-même ? 
J’ai re-appris à quel point on est insignifiant par rapport à la nature. J’ai re-appris le dépassement de soi. 

 

Si vous aviez en face de vous Miranda Merron le jour du départ du Vendée Globe, qu’auriez-vous envie de lui dire ? 
Profite de la liberté.
Et aux petites filles qui ont suivi votre traversée ? 
Ça vaut vraiment le coup d’essayer d’aller au bout de ses rêves.

 

Pensez-vous déjà à l’édition prochaine ? 
J’essaye déjà d’atterrir et de me rendre compte que j’ai vraiment fait le Vendée Globe !

 

Miranda Merron est sur instagram juste ici

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