Laura Isaaz – Crédit : Presse

Pendant plusieurs années, Laura Isaaz avait un job de rêve : journaliste mode pour un grand média féminin en France. Et puis progressivement, les choses ont évolué et cette Parisienne d’adoption n’y a plus trouvé son bonheur. Subir plutôt que vivre ? Sûrement pas pour Laura qui nous raconte avec beaucoup dhumour, comment elle a osé partir pour être en accord avec elle-même, retrouver une certaine liberté et se faire enfin confiance. 

Comment a commencé ton histoire avec le journalisme ? 
Je n’ai pas fait d’école de journalisme. À la naissance de ma fille Romy, j’ai ressenti le besoin de reprendre mes études et c’est à ce moment-là que je suis entrée à Esmod. J’y ai appris beaucoup de choses mais j’ai aussi réalisé que l’écriture qui était une passion pour moi depuis longtemps pouvait peut-être devenir mon métier. J’ai donc postulé pour faire mon stage de fin de cursus au sein de la rédaction du ELLE, j’ai été prise et je suis restée six ans.

Tu y as travaillé comme journaliste mode : comment se déroulaient tes journées ?

Ce n’était pas si différent de celles que vivent la plupart des gens dans leurs bureaux. J’étais la majeure partie du temps scotchée du matin au soir devant mon ordi pour rédiger mes papiers. Durant certaines périodes comme la Fashion Week, je courrais partout mais ça restait assez occasionnel, au final. 

Le métier de journaliste mode fait encore rêver les étudiant.e.s en écoles de journalisme. On imagine une femme qui passe d’un défilé de mode à un shooting, puis à une soirée branchée, perchée sur des talons vertigineux, déjeunant dans des restaurants en vogue et collectionnant les cadeaux de créateurs… Pourtant, la réalité est assez éloignée de ce que les films, les livres et les séries laissent croire, n’est-ce pas ? 
J’imagine qu’il existe encore des journalistes pour qui les journées ressemblent à ça. Dans mon cas et dans celui de la jeune génération, on en est très loin. J’ai été amenée à voir des choses exceptionnelles, vivre des moments féériques, faire de très jolis voyages mais la réalité au quotidien est quand même bien moins glamour que ce qu’on voit dans les films. La plupart du temps, je faisais du 9h-19h devant mon écran et derrière mes lunettes anti-lumière bleue avec une pause de 45 minutes pour aller manger des lasagnes pas cuites à la cantine.

 

Il y a quasiment deux ans maintenant, tu décides de quitter ce « job de rêve » et un CDI en démissionnant. A quoi as-tu pensé ?  
J’avais en tête mon avenir, mes valeurs et ma fille.

En partant, avais-tu déjà une idée, un projet sur quoi travailler ?  
Oui : je travaillais sur un projet de création dans la mode et il ne s’est finalement pas fait pour pleins de raisons. Aujourd’hui, je pense que c’est bien mieux comme ça car cela m’a permis de me focaliser sur des projets d’écriture qui me tenaient à cœur et que j’avais un peu mis de côté.
Qu’est-ce qui t’as poussé à envisager de partir ? Un mot, un évènement, un sujet ? 
Cela commençait à faire un petit moment que je ne prenais plus aucun plaisir à venir travailler à la rédaction. J’y allais avec la même énergie que quelqu’un qui subit son job alors que j’en avais rêvé et que je me savais privilégiée. Je me sentais en décalage total avec la nouvelle ligne éditoriale du site, j’avais le sentiment de ne plus avoir aucune liberté de ton et de passer mes journées à écrire du vide, du rien, de la soupe indigeste dans le seul but de faire du clic. Je crois que le vrai réveil s’est fait le jour où j’ai compris que derrière tous les grands discours de féminisme et de sororité couchés sur le papier, se cachait la plus laide des hypocrisies. C’est un panier de crabes. Je ne me suis jamais sentie aussi peu écoutée, soutenue et considérée que durant mes deux dernières années au sein de la rédaction.
Pour prendre cette décision, en as-tu parlé à tes proches ?  
Oui, forcément. J’ai la chance d’être entourée par une famille qui a pour mantra de toujours faire ce qui nous rend libre. Quels que soient les risques pris.
Etait-ce une décision facile à prendre ? 
Pas du tout. Je quittais un CDI avec toute la sécurité que ça comprend, c’était un vrai saut dans le vide. J’ai mal dormi durant plusieurs nuits avant de déposer ma lettre pour annoncer mon départ. Mais je crois avoir crié très fort intérieurement quand j’ai quitté le bureau des RH. C’était fait. J’étais heureuse.
As-tu eu peur le jour où tu as annoncé officiellement ton départ ?
Non, pas tellement. Quand j’ai déposé ma lettre, je suis allée directement envoyer un mail à mes supérieures pour leur annoncer. C’était le premier jour du reste de ma vie, je le savais et j’étais très excitée. Fière aussi.
Et les premiers mois ? 
J’ai pris du temps pour moi, je touchais le chômage. Et très vite j’ai remis le pied à l’étrier, je suis très mauvaise quand il s’agit de ne rien faire.
Et la peur aujourd’hui existe-t-elle ?  
Elle existe et existera toujours mais c’est une peur positive. Elle me pousse à ne jamais me relâcher, à toujours viser plus haut, à croire en mes rêves aussi. Quand on est free-lance, il y a toujours une insécurité qui plane, la pression de ne rien avoir le mois d’après mais c’est aussi comme ça que j’aime vivre : en étant challengée.
Quel conseil donnerais-tu à un.e étudiant.e en journalisme de mode/web aujourd’hui ?
Essaie d’aller là où tu pourras faire du journalisme, du vrai. Ah et bonne chance ! (rires)
Avec ton expérience, est-ce qu’il y a une chose que tu aurais fait différemment ?  
Je pense que j’aurais dû partir plus tôt. J’ai attendu d’être éteinte, de sentir que je n’avais plus le choix. Si c’était à refaire, je partirais un an plus tôt.
Qu’as-tu appris sur toi avec ce nouveau départ ? 
Que lorsque je m’écoute et que je crois en moi, il se passe de belles choses.
Si tu avais face à toi la Laura, lors de son arrivée dans cette rédaction, que lui dirais-tu ? 
Accroche-toi, apprends à distinguer les personnes bienveillantes des autres et surtout, surtout : ne prends jamais les huîtres à la cantine.

 

Laura Isaaz est journaliste free-lance, elle a créé « Maag », un blog hebdomadaire bourré de second degré. 

 

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