@la.minute.culture : “Rendre l’art accessible (…) c’est le descendre de son piédestal”

par | Jan 11, 2021 | Cultures | 1 commentaire

Logo de @la.minute.culture sur Instagram, compte de Camille Jouneaux – Crédit : Presse

On adore son compte Instagram @la.minute.culture qui décrypte l’histoire de l’art dans des stories drôles et décalées. Camille Jouneaux séduit aussi bien le grand public que les institutions culturelles qui s’arrachent son savoir-faire. Elle nous raconte son parcours atypique et son amour de l’art.

Camille, peux-tu présenter en quelques mots @la.minute.culture ?

@la.minute.culture est un compte Instagram que j’ai créé en février 2019. Je publie tous les lundis une storie qui raconte généralement l’histoire d’un artiste, avec parfois des variations (par exemple sur la mythologie). J’y ai développé un format d’écriture qui permet à la fois
d’être concis et décalé et de parler d’art différemment. L’idée, c’est de partager ma passion et de désacraliser l’art pour encourager les gens à s’y intéresser, et pourquoi pas pour leur donner envie d’aller au musée.

Quel est ton parcours ?

Après un master en communication j’ai travaillé en conseil en social media en agence pendant dix ans. J’ai toujours eu un intérêt très prononcé pour la chose culturelle qui s’est développé en venant habiter à Paris il y a onze ans. Après avoir passé beaucoup de temps dans les musées, j’ai ressenti le besoin de me forger un œil un peu plus affûté et d’acquérir plus de connaissances pour mieux comprendre ce que je regardais. J’ai assisté à des conférences, pris des cours du soir au Louvre, visionné des documentaires, lu des livres etc. Puis j’ai créé mon blog de critiques d’expositions pour occuper une présence digitale. C’est grâce à ce blog que j’ai été amenée à travailler pour l’entité « Google Arts and Culture » (qui numérise les collections des musées entre autres) de Google, un client de mon agence de l’époque. C’était une expérience géniale, qui m’a permis d’approcher les musées autrement qu’en simple visiteuse et de comprendre les enjeux des institutions culturelles sur le numérique.

Comment est née @la.minute.culture ?

C’est arrivé comme un accident de vacances ! En août 2017, je suis partie une semaine à Rome seule et j’ai visité plein de musées. À la Galerie Doria-Pamphilij j’instagrame ma visite avec des commentaires humoristiques et, à ma grande surprise, j’obtiens un retour immédiat des gens qui me suivent. Je me dis qu’il faut que j’en fasse quelque chose et décide peu de temps après de formaliser ces stories et de les appeler @la.minute.culture (sur mon compte personnel à l’époque). Très vite, Arte et la RNM (Réunion des Musées Nationaux) veulent travailler avec moi. Je quitte mon CDI pour me mettre en freelance. De là vient l’idée de faire de la minute culture un compte en propre. Je veux rendre cette idée plus visible car je sens qu’elle peut m’apporter des opportunités. Mes proches et mon réseau professionnel partagent massivement la nouvelle sur les réseaux sociaux. Au bout de 24h on est mille. Sur les conseils d’un ami, j’envoie un communiqué de presse et j’obtiens des articles dans l’ADN et sur Konbini. Quatre jours plus tard on est 10 000 ! Évidemment, cela a complètement dépassé mes espérances (ndrl : aujourd’hui, le compte est suivi par plus de 93 000 abonnés).

Comment le compte a-t-il été accueilli par les gens du secteur ?

Ça s’est très bien passé. Arte et la RNM m’ont suivi tout suite ce qui m’a apporté une caution. En l’occurrence, assez vite, les musées, fondations, les institutions m’ont sollicitée pour des partenariats. Il y a un regard très bienveillant et les gens ont reconnu le travail engagé. J’essaye de faire ça avec énormément de professionnalisme, d’être précise, tout est documenté, vérifié et crédité.

Comment choisis-tu les artistes que tu mets en avant ?

Déjà, pour des questions de droit, il faut que ce soit des artistes qui soient tombés dans le domaine public (ndrl : morts depuis plus de 70 ans). Je fonctionne beaucoup à l’envie, ce qui me ramène souvent vers l’Italie ! Je mets surtout en avant les artistes que je connais le mieux, que j’ai envie de traiter. J’essaie aussi de mettre en avant des femmes. Malheureusement c’est compliqué, car elles sont moins nombreuses parmi les artistes tombés dans le domaine public que dans l’histoire de l’art contemporaine. Elles ont sûrement été moins documentées que les hommes. Et quand bien même en a une, il est très difficile de trouver des ressources fiables, complètes et consistantes sur Internet. Je manque de ressources pour les traiter.

Qu’est-ce qui t’attire dans l’art ?

J’aime m’émerveiller, j’aime le beau et j’aime les histoires. Et l’histoire de l’art c’est aussi ça : des artistes, des œuvres, qui ont parfois des histoires incroyables. J’aime être transportée dans cet univers-là et pouvoir à mon tour les raconter. J’ai envie de transmettre ce sentiment et de désacraliser le sujet pour que les gens se sentent autorisés à se l’approprier.

Quel type d’art aimes-tu particulièrement ?

J’aime l’art ancien, la peinture, des XIV, XV, XVI, XVII èmes siècles. J’adore le baroque italien. Mais tout dépend de mon humeur. Certains jours je vais être confrontée à des primitifs flamands qui vont m’émerveiller. Je suis profondément passionnée par l’art et tout peut me toucher.

La culture peut parfois paraître difficile d’accès, réservée à une certaine élite. Pourquoi a-t-on cette impression ?

Certaines personnes pensent qu’elles n’ont pas les moyens intellectuels de la culture. C’est triste car la culture est à tout le monde, c’est un patrimoine partagé et il faudrait dépasser cet a priori. Ça me fait particulièrement plaisir quand des gens m’envoient des messages pour me dire « grâce à vous je me suis intéressé à la culture. » ou quand les parents lisent les stories avec leurs enfants. Il y a même des enseignants qui utilisent mon compte pour travailler avec leurs élèves ! @la.minute.culture permet d’outiller d’autres personnes pour rendre la culture accessible. Cependant, les institutions culturelles ont un rôle beaucoup plus compliqué que le mien. J’ai une exigence de rigueur dans le contenu que je propose mais je n’ai pas de devoir académique comme elles, qui doivent s’adresser aussi bien aux néophytes qu’aux gens avertis. Néanmoins, il y a des réponses qui se forment aujourd’hui. Par exemple, le Château de Versailles s’est lancé sur Tik Tok récemment.

Il y a beaucoup d’humour dans la minute culture, quelles sont tes inspirations dans ce domaine ?

Les anachronismes, le décalage et l’absurde qu’on retrouve dans @la.minute.culture, c’est très proche de ma sensibilité personnelle. J’adore Ionesco, j’ai beaucoup lu La cantatrice Chauve quand j’étais au collège. J’aime aussi l’humour des Monthy Python. J’ai inséré l’humour et le décalage sur @la.minute.culture de façon assez instinctive, avec une volonté de ne pas se prendre au sérieux et de ne pas prendre l’art au sérieux. On peut rire de l’art sans manquer de respect aux artistes ni aux œuvres. Rendre l’art accessible ce n’est pas seulement l’expliquer simplement, c’est aussi le descendre de son piédestal.

 

Peux-tu nous dire quels sont tes projets avec @la.minute.culture ?

J’ai sorti mon premier livre en octobre, La Story de la Table ronde (Editions Larousse Jeunesse).  Je conçois des « Minute Culture » littéraires pour le compte Instagram des éditions Folio @folio_livres. Fin décembre, j’ai collaboré avec le Musée d’Art Contemporain de Lyon @maclyon_officiel dans le cadre de l’exposition « L’homme aux mille natures » consacrée à Edi Dubien. J’ai réalisé des stories pour le compte @gsarchéo (Grands sites archéologiques). J’adore ce projet car j’ai interviewé des archéologues et c’est passionnant ! Pouvoir échanger avec des experts et prendre des cours privés d’histoire et d’archéologie grâce aux partenariats et collaborations, c’est l’une des grandes gratifications que j’ai avec @la.minute.culture !

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1 Commentaire

  1. Bérénice

    Très intéressant !
    Je ne connaissais pas ce compte que je vais immédiatement aller suivre 🙂

    Hâte de lire d’autres itw!

    Réponse

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