Edito : vive le retour des photos de vacances !

En 1984, aux Etats-Unis – Crédit : The Anonymous Project
« Let me photograph you in this light
In case it is the last time
That we might be exactly like we were… »
Dans sa chanson « When we were young », Adèle évoque un amour perdu, celui auquel elle s’était accrochée longtemps pour finalement y mettre fin. Elle y scande cette phrase, ou plutôt cette supplication auprès de son amour de l’époque et lui demande de prendre une photo. Une photo pour se souvenir, pour figer dans le temps un ressenti et des sentiments. Une photo pour ne pas oublier. Alors on se demande : avec l’explosion des réseaux sociaux et notamment de Pinterest et Instagram – ces temples du clichés parfois excessifs – a-t-on perdu l’interêt premier de la photo ou, au contraire, l’avons-nous magnifié ?
The Anonymous Project est la parfaite initiative pour intégrer à nouveau les biens fondés de la photo et répondre à notre interrogation. Mise en place en 2017 par l’éditrice Emmanuelle Harkin et le réalisateur Lee Schulman, cette association a pour but de collecter les clichés et autres négatifs d’anonymes pris entre les années 1940 et 1990. Une façon de surfer sur la tendance du vintage ? Possible, mais cela va bien au-delà. En un an, ce fond d’archives a réuni plus de 500 000 diapositives recueillies grâce à des dons, des ventes en ligne ou des brocantes. Et c’est tout simplement une mine d’or aussi bien pour les particuliers férus de photographies avec un grain inimitable que pour les sociologues et les historiens culturels afin de comprendre un peu mieux les moeurs de l’époque. On y retrouve des “monsieur et madame tout le monde”, en train de faire du roller en 1984 aux Etats-Unis, d’autres se mariant, d’autres visitant, d’autres admirant la mer… Bref, autant de photos de vacances qui vous saisissent et convoquent vos propre souvenirs quand bien même vous ne connaissez pas ces gens. Or, n’est-ce pas là tout le pouvoir des photos qui réside dans cette capacité à nous rappeler, nous secouer et nous émouvoir ?

Un des clichés retrouvé par The Anonymous Project
Et, qu’on se le dise, on retourne de plus en plus vers sur ce style de clichés. En témoigne la tendance de cet été 2018 sur Instagram : cribler sa photo d’une date digitale et de filtres qui viennent distordre l’image à la façon d’un Fuji jetable des années 90. En quelques semaines, le fil d’actualité des internautes s’est trouvé envahi par ce genre ancien alors que nous sommes dotés d’objectifs toujours plus performants. Pour autant, l’utilisateur va chercher l’aspect vieilli et le pris sur le vif. Comme si le soleil et les corps dénudés et souriants incitaient à la nostalgie. Finies les poses sérieuses, l’heure est au mouvement et ça fait du bien. Beaucoup rechignent à s’arrêter quelques instants pour immortaliser l’instant. Oui mais… C’est pourtant essentiel. Peut-être pas pour maintenant ou dans deux mois (quoi que) mais pour plus tard, assurément. Seule obligation que l’on devrait s’imposer aujourd’hui : imprimer nos meilleurs clichés et prendre le temps d’en faire des albums qui peuvent se perdre, certes, mais surtout se transmettre.

Photos de vacances – Crédit : N.C
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