Coralie : Partir… au bout du monde pour soigner son coeur (et la planète)

par | Nov 27, 2020 | Partir | 0 commentaires

Crédit : Jared Rice

Coralie est une de ces personnes qui rayonne constamment. D’elle, on capte immédiatement son énergie à travers son sourire communicatif. Il y a quelques années, lassée du métro/boulot/dodo et d’une vie axée sur le profit, elle a décidé de suivre son coeur et d’abandonner Paris pour vivre en harmonie avec elle-même et la planète. Persuadée que le bonheur et la beauté résident dans la simplicité, elle a accepté de raconter son cheminement très personnel, avec l’espoir qu’il résonnera en chacun des lecteurs de « Marcel \ le ».

Comment a commencé ton histoire ?

Quand j’ai eu 27 ans, j’ai décidé de partir à Dubaï. J’étais attachée de presse chez Universal Music France à Paris, une expérience passionnante. J’étais totalement dédiée à ce boulot, toute ma vie tournait autour de ça. Jusqu’au jour où ça ne suffisait plus. Je travaillais avec des dizaines d’artistes français et internationaux (Lana Del Rey et Lady Gaga à leurs débuts, NERD, Olivia Ruiz, Skip the Use, 1995, Big Flo & Oli etc.) J’avais une vie sociale épanouie mais je me sentais si seule. J’avais l’impression de ne pas me connaitre du tout. Je suis donc partie pour Dubaï où j’ai vécu cinq ans. J’ai bizarrement reproduit le même schéma que ma vie parisienne : un boulot très prenant et des relations amoureuses destructives. Jusqu’à toucher le fond et c’est là que que j’ai commencé à penser à partir et cette fois je savais que c’était « le grand départ » vers ma libération. J’allais fêter mes 32 ans.

Et ensuite ? 

Je voulais partir à l’aventure et explorer le monde. Je me suis lancée un défi : me découvrir, aller à la rencontre des autres et avoir un impact positif. Avec des amis, j’ai participé à la construction de salles de classe dans des écoles rurales en Inde, au Népal et en Tanzanie, j’ai gravi le Kilimanjaro, j’ai fait mon premier Vipassanā, j’ai suivi une retraite silencieuse de dix jours en Birmanie, j’ai obtenu mon divemaster en Indonésie (passant de 0 à 200 plongées), je me suis formée comme professeure de yoga et méditation en Inde, et finalement je me suis arrêtée six mois dans une ferme permaculture dans le nord de Lombok en Indonésie. Un hasard je ne sais pas, mais c’est là que je me suis connectée à la terre. Et puis, sur un coup de tête, de coeur, j’ai décidé de rentrer en France pour voir mes proches. C’était il y a quatre mois et je ne savais pas que j’allais rencontrer l’amour et me lancer dans un projet de vie avec lui, en Espagne.

Comment as-tu choisi ta première destination ?

Quand j’ai quitté Paris pour Dubaï, le choix était simple : mes parents et mon petit frère y vivaient. Ensuite, pour ce que j’appelle « mon grand départ », je suis retournée en France pour retrouver les miens et j’ai passé du temps avec eux. C’était une façon de me préparer à ma grande première destination : un mois au Kenya et en Tanzanie avec une montée du Kilimanjaro (5 895 mètres) et un projet de construction de salles de classes dans un petit village de Tanzanie.

Pourquoi es-tu partie ?

Je suis partie parce que je n’étais pas alignée avec moi-même, pas heureuse. Je sentais un vrai manque de connexion avec mon coeur. Des expériences du passé qui n’avaient pas été digérées et qui refaisaient surface à chaque prise de décision, un schéma qui se répétait sans cesse. Je n’arrivais pas à apprécier ma vie et je sentais au fond de moi que j’étais capable de tellement de choses pour moi, ma famille et pour la planète qui m’accueille.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur ?

Mon corps. Juste avant de partir, j’enchaînais les lumbagos, une hernie discale jusqu’à être clouée au lit pendant des semaines. J’allais au travail pliée en deux. Je pleurais. Mon corps me disait « stop ». Je pense que j’ai eu énormément de signes avant d’en arriver là mais je n’étais pas connectée à mon corps, je forçais.

Comment as-tu préparé le départ ?

Je n’ai vraiment rien préparé ! Je suis juste partie. Coïncidence ou pas : après une séparation difficile, je n’ai jamais repris d’appartement à Dubaï. J’ai vécu chez mes parents, mis de l’argent de côté et réduit au minimum ce que je possédais. J’avais accumulé un nombre de paires de chaussures, de vêtements avec leurs étiquettes, j’essayais de combler les trous de mon coeur en achetant des choses et finalement, ne partir qu’avec un sac à dos a été une épreuve mais aussi une vraie libération.

A quoi as-tu pensé dans l’avion qui t’amenait vers ta première destination ? 

Je suis libre. Je suis maîtresse de ma vie. Toutes les opportunités sont à moi si je veux les saisir. J’avais quand même un petit pincement parce qu’au fond je savais que je ne reviendrai plus jamais vivre à Dubaï. Cela voulait dire que je n’avais plus aucune attache, aucun plan de secours. J’ai dû apprendre à me laisser vivre !

As-tu eu peur les premiers mois ?

J’ai eu très peur. Je me raccrochais à tous les amis qui étaient sur la route pour les retrouver, même si ça ne durait que quelques jours. Et puis petit à petit, j’ai commencé à mieux me connaître et à savoir ce que je voulais, à m’ouvrir aux destinations de mes rêves.

Comment gérais-tu cela ? 

Mon premier vrai lâcher-prise a eu lieu sur le chemin de l’aéroport de Yangon (à Myanmar, ex-Birmanie, ndlr) j’ai vu un panneau « Centre de Méditation Vipassanā ».  Je ne savais pas ce que c’était alors j’ai fait une recherche rapide sur le net. En quelques clics, je me suis inscrite pour un cours de dix jours, cinq semaines plus tard. Depuis, j’écris chaque jour quelques lignes et de temps en temps je les relis. Ça m’a beaucoup aidé à me recentrer sur ce que je voulais vraiment vivre quand je me sentais perdue. C’est d’ailleurs en relisant mes notes que je me suis rendue compte que j’avais déjà évoqué et plusieurs fois, l’envie de me retrouver seule et en silence. L’univers y a bien répondu !

 

Et la peur aujourd’hui ? 

Je n’ai plus peur, je n’ai aucun regret. Le chemin que j’ai choisi me prouve chaque jour que j’ai bien fait.

As-tu douté ?

Je n’ai jamais douté qu’il y avait plus pour moi sur cette Terre que de travailler pour faire plus de profits. Ça n’a jamais été pour moi. C’est quand j’ai voulu rentrer dans toutes les cases que notre époque essaie de nous imposer que je me suis heurtée à mes plus grandes déceptions.

En parlais-tu à ta famille ?

De temps en temps, je discutais avec ma mère car tout n’était pas simple. Ne jamais savoir combien de temps je resterai dans un endroit. Accepter aussi de quitter des lieux paradisiaques quand était venu pour moi le moment de partir. Ne rien forcer.

Sur place, avais-tu un plan B au cas où l’expérience ne te plairait plus ? 

Mon mantra, c’est ma liberté. Si je ne me sentais pas bien quelque part, je partais et j’essayais surtout de comprendre ce qui n’allait pas. Souvent, l’endroit n’est qu’un déclencheur de ce qui se passe en nous. Je n’ai donc jamais eu de plan B mais j’ai toujours suivi mon « feeling ».

A quoi ressemblent tes journées en ce moment ?

Je commence en me levant à 6h45 pour une pratique de méditation, de mouvements et de respirations. Etre connectée, alignée, accepter mes hauts et mes bas : j’ai des journées remplies d’énergie et d’autres où j’ai besoin de me reposer. Actuellement, je viens de commencer un projet de vie en Espagne avec ma moitié rencontrée il y a seulement quelques mois, mais quand tout s’aligne, il faut apprendre à recevoir. Ensemble, nous avons acheté une ferme de quinze hectares de sol dégradé en Catalogne que nous allons restaurer en utilisant la permaculture, l’agro-écologie et différentes méthodes qui respectent la nature et le sol. J’ai envie que la ferme soit un endroit où les gens apprendront à se connecter à eux, via la méditation mais aussi à la terre avec des cours de permaculture et aux autres en créant une communauté.

Et depuis la crise sanitaire liée au Coronavirus, je suis aussi en train de développer un programme de méditation / exercices de respiration que je pourrai proposer en ligne. J’ai vraiment envie de partager mon histoire car je pense qu’elle peut inspirer d’autres femmes. Et plus que jamais, on a besoin de cette entraide.

Quel conseil donnerais-tu à une femme qui voudrait partir comme toi ?

Crois en toi. Suis ton coeur. Quoiqu’il arrive, tu trouveras ton chemin. Fais chaque jour des choses qui font battre et rayonner ton coeur un peu plus. Choisis-toi chaque jour un peu plus pour rayonner et faire rayonner les autres. Apprends à ouvrir ton esprit, apprends des autres à vivre dans la générosité et le partage plutôt que dans la peur. Aie confiance en toi car le chemin de ton coeur te soutiendra toujours. Sois honnête avec toi-même.

Avec ton expérience, est-ce qu’il y a une chose que tu aurais fait différemment ?

Je n’ai aucun regret. Toutes mes expériences, les meilleures et les moins bonnes, m’ont appris quelque chose. Elles m’ont menées sur le chemin que j’ai choisi aujourd’hui.

Qu’est-ce que tu as appris sur toi au cours de ces voyages ?  

Pour moi, ces deux dernières années ont été comme si j’avais épluché un oignon. (rires) Couche après couche, je savais qu’à l’intérieur il y avait mon coeur et il fallait que je fasse tout pour lui frayer un chemin vers le bonheur. J’ai passé deux ans à apprendre à désapprendre tout ce que j’avais appris pour trouver le chemin de ma vérité, de ma vie et de mon coeur. J’ai aussi appris où mettre mon énergie, comment m’entourer de personnes et de choses qui me remplissent de cette énergie un maximum.

Si tu avais en face de toi la Coralie d’avant, un jour avant le départ, que lui dirais-tu ? 

Je lui dirais de foncer ! Je lui dirais qu’il y a toujours des solutions, des opportunités, des gens incroyables et inspirants à rencontrer. Je lui dirai aussi de se connecter à la nature dès qu’elle a un doute. Et de croire en elle.

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© DR Laura Pouliquen a 32 ans et vit à Dubaï depuis plus d’un an maintenant. Comme près de 22 000 Français aujourd’hui, elle s’est expatriée à Dubaï avec son mari et leur fille de quelques mois. Depuis, elle tient un podcast qui dévoile les visages (et les voix !) des...

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