Myriam Levain : Partir… en Espagne congeler ses ovocytes

 

Crédit : Killian Pham

Myriam Levain est journaliste, co-fondatrice de « Cheek Magazine » et autrice. Et accessoirement elle est célibataire. A 35 ans, elle a pris la décision d’aller en Espagne congeler ses ovocytes. En 2018, elle raconte son parcours dans un livre publié aux éditions Flammarion, « Et toi tu t’y mets quand ? ». Mais trois ans plus tard, où en est-elle ? 

Comment a commencé ton histoire ? 

C’est vraiment comme je l’explique dans mon livre : le jour de mes 35 ans, je suis allée voir mon gynécologue pour lui parler de ce projet. J’étais déjà renseignée sur le sujet et lui aussi. D’ailleurs, il a trouvé que j’étais assez jeune pour le faire. La plupart des patientes envisage la congélation d’ovocytes autour des 40 ans. J’avais d’autres projets en tête donc j’ai laissé passer six mois je crois, avant de m’y consacrer réellement. 

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur ?

J’arrivais à un âge limite, j’avais l’argent, le temps. C’était le bon moment pour moi. Pour autant, je ne me suis pas débarrassée de la pression car il n’y a aucune certitude pour que ça marche. 

Pourquoi as-tu envisagé l’Espagne ? Pourquoi pas un autre pays comme la Belgique ? 

Une copine l’avait fait à Barcelone. A titre personnel je connaissais bien Madrid pour y avoir vécu et la mère d’une amie était installée à Barcelone… Voilà, je me suis dit que ce serait l’Espagne, c’était plus simple !  

Comment a réagi ton entourage ? 

Bien. J’évolue dans un cercle assez ouvert, entourée de journalistes qui ont plus ou moins mon profil. On en a tous entendu parler. Et puis, tout le monde semblait content. Ce qui m’a poussé à creuser ma réflexion, à l’ouvrir sur le poids des normes, de la maternité etc. C’est très français le modèle « working mom » : la femme qui réussit tout, sur tous les plans. Mine de rien, les Françaises sont championnes d’Europe de la natalité (devant la Suède et l’Irlande en 2019 selon l’Insee, ndlr), il y a quelque chose dans l’inconscient collectif.

Qu’en a pensé ta mère ? 

Ma mère a bien réagi, ça la rassure de savoir que je me donne toutes les chances de devenir mère à mon tour, un jour. 

Quel est le budget ? 

Il est environ de 4 000 euros dont 2 500 pour l’intervention et 1 000 pour les hormones, qui peuvent être remboursées en France si le médecin fait une ordonnance. Le reste, c’est les transports, l’hébergement, les repas etc. Les ovocytes sont conservés quatre ans. Passé ce délai, il faut payer une centaine d’euros, chaque année pour les conserver. Et on peut faire ça jusqu’à 49 ans. Mais entre nous, je ne suis pas sûre que j’aurais envie d’avoir des enfants à cet âge ! (rires)

A quoi as-tu pensé sur la table d’opération ? 

A rien : j’étais sous anesthésie générale ! (rires) Mais j’étais très stressée et très fatiguée avant. J’avais mal dormi, probablement à cause des hormones aussi.

Et ensuite, le retour chez toi ?

J’étais crevée par l’anesthésie pendant plusieurs jours. Après tout est rentré dans l’ordre à part que j’étais fatiguée. Chaque femme réagit différemment, mais chez moi, ça a duré huit jours. 

Y a-t-il un élément, une information que les médecins ne disent pas ? 

J’ai découvert que faire congeler ses ovocytes à 35 ans, c’est tard. L’âge idéal serait de 33 ans. Mon gynécologue m’avait expliqué qu’entre 30 et 35 ans, la vie d’une femme peut vite évoluer. Dans mon livre, je cite le Pr. Michaël Grynberg (gynécologue-obstétricien, spécialiste en endocrinologie de la reproduction, infertilité et andrologie, ndlr) qui m’a dit que sans savoir pourquoi, une femme peut être plus fertile qu’une autre, tomber enceinte plus facilement qu’une autre, produire plus d’ovocytes toute sa vie tandis qu’une autre verra son taux baisser progressivement… C’est vraiment la loterie sur ce sujet. 

Quel conseil donnerais-tu à une femme qui envisage la même chose ?

Je lui conseillerais de se renseigner et d’y réfléchir vers 30 ans. Comme ça, elle le fait quand elle a encore tout le temps devant elle, et pas dans la précipitation, parce qu’il ne faut pas croire que c’est un choix évident. On doit se mettre face à des questions pas agréables, s’interroger sur sa vie de célibataire, son envie d’avoir des enfants ou pas. Je crois que l’on se confronte toutes à ces questions là, un peu en traînant des pieds.

Un mot pour résumer cette expérience ?

Montagnes russes. Ce n’est pas un parcours linéaire. Il y a beaucoup d’émotions dans ce voyage, de contradictions. Je pourrais aussi dire « ambivalence » ou « incertitude ». Il y a un cheminement à faire, c’est moins simple qu’il n’y paraît mais c’est un chemin riche. Je ne suis clairement plus la même femme.  

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