Pauline aka PLUIES : « L’aloe vera est bien difficile à faire chanter »

Pauline Mikó – Crédit : Alexandra Colmenares Cossio

Il y a ceux qui murmuraient à l’oreille des chevaux. Et il y en a d’autres qui parlent aux plantes. Ou plutôt non, qui les font chanter. Pauline Mikó connue sour le pseudo PLUIES est une artiste belgo-hongroise basée à Bruxelles qui magnifie nos liens avec la nature comme personne. Partant du principe que nous faisons partie d’un grand tout y compris du monde végétal, il est donc normal de se servir de ce qui nous entoure pour créer du lien, de l’art et donc de la musique. Avec sa méthode expérimentale, elle est capable de faire vibrer et chanter les plantes qui nous entourent. Le son qui en sort, connecté à Pauline, relève de la substantifique moelle de la Nature toute entière. Allons-y à fond : un son singulier qui révèle toute la quintessence même des liens du vivant. Fascinant.

Pauline, si vous deviez vous présenter en quelques mots ?

Je suis Pauline Mikó, aka PLUIES. Ma pratique est expérimentale, proche du vivant et utopique : depuis deux ans, je collabore avec des plantes pour générer de la musique électronique et ambient qui se veut (re)créatrice de liens avec la nature, par le biais de la technologie. 

Quel est votre parcours ? 

Après une année passée à New York à l’âge de 18 ans à assister un photographe de mode et à apprendre l’anglais dans la plus grandiose ville du monde, je suis rentrée en Belgique pour étudier la Photographie à La Cambre (Bruxelles). J’ai poursuivit mes études avec un Master à KASK School of Arts (Gand). Pendant mes années d’études, j’organisais des concerts dans des jardins avec mes colocataires. Le projet s’appelait Oh My Garden. Nous avons accueilli une trentaine de groupes dans un cadre intimiste, bucolique et verdoyant.. J’en garde de superbes souvenirs. C’est de là que mon attrait pour la musique en lien avec la nature (ou la nature en lien avec la musique ?) est né.
Après mes études, j’ai ouvert le Miko/Miko Studio, un studio de photographie avec lequel j’ai travaillé pour de nombreux clients dans la mode et le design. Grâce à la photographie, j’ai également eu la chance de beaucoup voyager, notamment au Japon et en Islande, deux pays magnifiques aux paysages et cultures remarquables. J’ai récemment réalisé les photographies d’un livre sur la scène artistique islandaise contemporaine, Isle of Arts, en collaboration avec la journaliste Sarah Schug. 

Vous avez aussi monté le projet PLUIES, un échange bio-éléctronique entre le corps et les plantes pour réaliser de la musique électronique. Pouvez-vous nous en dire davantage ? Comment cette idée vous est venue ?

Après la parution de notre livre sur l’Islande, inspirée par les  artistes multidisciplinaires et fascinants que j’ai eu la chance de rencontrer lors de la réalisation de ce projet, j’ai voulu imaginer une nouvelle façon de m’exprimer sur un sujet qui me touche profondément : l’écologie. 
Alors que j’habitant à Berlin, ville de musique, j’ai fait la rencontre d’un voisin producteur (Leiris) qui m’a encouragée à exploiter ma sensibilité musicale. C’est avec lui que je suis montée sur scène pour la première fois en temps que PLUIES. Après ce premier concert, l’hiver est arrivé et il a fait extrêmement froid. Je me suis alors créée un petit studio d’expérimentations sonores chez moi. C’est dans cette hutte hivernale que le projet PLUIES a véritablement abouti, j’y ai découvert la beauté de mélanger la synthèse modulaire, la botanique et le son en utilisant des arduino’s et un système ‘home-made’ de capteurs et d’électrodes connectés aux racines, aux feuilles et à mon propre corps. Imaginez Frank Einstein avec une touche hippie 2.0.

Peut-on parler de bio-musique ?

S’il est possible de parler d’une chose, c’est de l’écoute de la nature. Les plantes avec lesquelles je collabore (j’aime les appeler ‘mon groupe de musique’) ont leur caractère bien précis et leurs aptitudes à générer des sons. Ceci varie en fonction de leur bien-être, du taux d’humidité qu’elles contiennent, de leurs aptitudes à être conductrices de ces énergies qu’elles et moi échangeons par le toucher lors de nos concerts et performances. Il est possible d’observer les plantes, de les écouter et de réajuster notre attention vis à vis d’elles. La bio-musique, la bio-accoustique, c’est avant tout l’écoute du vivant, qu’il soit humain, animal ou végétal. La technologie (qu’elle soit de l’ordre de l’amplification ou de la sonorisation) est un outil, selon moi, pour permettre à cette écoute de prendre place. 

Votre art entre particulièrement en résonance avec ce que nous vivons actuellement non ? 

Je l’espère. 

Imaginez Frank Einstein avec une touche hippie 2.0.



Vous pensez qu’il y a un besoin général de se reconnecter à la nature ?

En temps qu’Humains sur-connectés, nous manquons peut-être de connexion directe avec le non-humain, le sol, le vivant, le plus lent, le véritable Autre. Ce que je ressens, c’est que nous avons tendance à oublier que nous sommes la nature. Qu’il n’y a pas de différence entre elle et nous. Ce besoin de se ‘reconnecter’ serait en fait un besoin de se souvenir. 

Quelle est votre vision de la musique aujourd’hui ?

La création musicale se porte bien ! Elle est riche, éclectique et abondante. Selon moi, c’est l’écoute qui est quelque peu fragilisée. La façon dont la musique est diffusée, entrecoupée par exemple de publicités sur les plates-formes d’écoutes en ligne et donc la façons dont la musique est consommée en règle générale, prends de moins en moins l’Ecoute de l’auditeur en compte. L’autre élément perturbateur est la situation actuelle due aux conséquences du virus Covid-19, fragilisant le secteur culturel et l’organisation de concerts, de sessions d’écoute groupées et partagées, ensemble. La musique sans auditeurs n’existe pas. ‘Sans la musique, la vie serait une erreur’ disait Friedrich Nietzsche


Quelle plante produit le plus joli/agréable son selon vous ?

Mes musiciennes préférées sont les Alocacia Zebrina et les Begonia Maculata. Leurs longues tiges et grandes feuilles permettent au son de se déployer ! 

Quelle est celle qui est plus timide/récalcitrante à délivrer un son ?

Bien qu’elle ait de multiples bénéfices pour la peau et l’hydratation, l’Aloe Vera, faite presque entièrement d’une matière gélatineuse, est bien difficile à faire chanter. Lors d’un événement produit par Midi La Nuit pour Patyka, une marque de cosmétiques à base de plantes, j’ai tenté d’activer musicalement une petite Aloe Vera mais elle n’était pas tellement coopérative. Heureusement que le magnifique Caladium rouge vif qui partageait la scène était très expressif ce soir là ! 

Quel.les sont les artistes qui vous inspirent ?

Il y en a tant… Björk, Alvin Lucier, Sigur Rós, Olivier Messiaen, Mileece, Loke Rahbek, Abul Mogard, Knud Viktor, Francisco López, Susumu Yokota, Khruangbin, Felicia Atkinson, Tomoko Sauvage, Mort Garson…Sans compter les artistes plasticien.ne.s comme Giuseppe Penone, Diana Scherer ou Ana Mendieta.

Des projets à venir ?

Je termine en ce moment un post diplôme en art sonore (European Postgraduate in Arts in Sound entre Gand et Bourges) en préparant le prochain concert. Je produis aussi, tranquillement et minutieusement, un vinyle de musique pour plantes, inspiré de Plantasia de Mort Garson (album de 1976). Enfin, je collabore avec mon compagnon Hugues Loinard qui est artiste plasticien, sous le nom de PHILAE studio. Nous réalisons des installations sonores et interactives permettant une expérience d’écoute provoquée par le toucher. Pas facile à mettre en place en temps de distanciation sociale…mais challenging ! 



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