Ces jeunes caennais qui osent entreprendre

Bienvenue à Caen !

L’entrepreneuriat a la côte depuis quelques années. Pourquoi ? Entre le chômage grandissant mais les CDI introuvables et une réelle volonté d’être son propre patron face à des guerres d’égo en entreprise de plus en plus insoutenables, les jeunes voient en ce choix de carrière une véritable possibilité de s’épanouir. Les difficultés sont grandes et les contraintes importantes, mais qu’importe. Résultat, les chiffres de création d’entreprise explosent chez les 20-30 ans et mettent à mal cette image (infondée) d’une génération soit disant feignante. Il suffit de regarder autour de soi, pour prendre tout la mesure du phénomène. A Caen en Normandie, par exemple, les nouveautés n’en finissent pas de fleurir ouvrant ainsi le champ des possibles et offrant surtout un réel dynamisme non négligeable à une ville qui commençait clairement à s’endormir. De la restauration à la presse en passant par l’architecture, tous les domaines y passent ! Zoom sur ces courageux qui redorent le blason des jeunes.

Côté restau : Julien et Karim

Karim et Julien

Ces deux amis de longue date se connaissent depuis l’école. Julien et Karim ont voyagé, habité d’autres villes que Caen et pourtant… Ils ont décidé de s’associer, persuadés que leur amitié allait être non pas un frein mais bien un puissant moteur pour se lancer dans l’aventure de la restauration. Avec la Buona Tavola, ils renouent avec leur enfance (le restaurant appartenait à la mère de Karim avant qu’elle ne le vende puis qu’il le récupère à nouveau) et font travailler leurs potes de toujours : « Lorsque l’on sort autant de sa zone de confort, il est important de pouvoir s’appuyer sur un réseau, sur un environnement, que seul Caen pouvait nous apporter. Par exemple, pour les travaux préalables à la réouverture, nous ne nous sommes entourés que d’entreprises ou d’artisans que nous connaissions et pour la majorité qui sont de véritables amis », explique Julien. Et quand certains évoquent le risque de se lancer un tel pari entre amis, ils sont formels : « Revenir à Caen et reprendre un restaurant, qui est une activité de tous les jours, imposait des changements majeurs dans nos vies. Il n’était pas question d’entreprendre un tel projet, s’il existait l’ombre d’un doute pour l’un d’entre nous. Cependant nous avons toujours été intimement persuadés que nous étions faits pour travailler ensemble et convaincus qu’une bonne association permet une réelle émulation. Lorsque deux personnes reçoivent les mêmes informations, ou sont confrontés aux mêmes problèmes, il n’y a jamais qu’une seule façon de réagir et confronter les avis nous permet d’avancer mieux et plus. » Résultat, ils offrent à Caen le renouveau d’un restaurant déjà culte mais bien plus jeune, accueillant et chaleureux.

Sur Insta : @la_buona_tavola_caen

Côté mode : Agathe

Agathe et sa fille, Madeleine

Essayer, tenter, cumuler les expériences pour mieux avancer encore. C’est ce que Agathe a vécu dans son parcours de jeune femme pour en arriver aujourd’hui à lancer sa propre marque. Coeur de beurre est un nom tout doux sous lequel se cachent des vêtements brodés pour enfants et ça marche ! « J’ai fait mes études à Caen, j’ai obtenu un Master 2 de droit spécialité Contentieux Privé. Avocate ou juriste? Les postes ne m’attiraient pas vraiment, trop de rigidité et de contraintes. Ensuite j’ai eu une opportunité dans le commerce à Paris et je suis devenue directrice de boutique. Je n’aime pas l’idée d’être cantonnée à un domaine, j’aime être dans une sphère d’apprentissage constant, peut être par peur de l’ennui. En partant dans le commerce, j’ai développé de nouvelles compétences, idem avec Coeur de Beurre. Au final, je me rends compte à quel point mes expériences passées et mes études me servent dans le développement de mon entreprise. » En revenant à Caen, Agathe sait qu’elle a l’avantage de sa ville natale, de connaître les lieux et – à nouveaux- d’être entouré de ses proches dont son compagnon et le père de sa fille qui est lui-même entrepreneur, mais elle parle aussi de ses difficultés avec beaucoup de clairvoyance : « La plus grande difficulté a été la construction en elle même du projet. Au départ on ne sait pas trop où on va, on avance à tâtons. Chaque phase de développement a eu son lot de difficultés! Le choix des produits de base, sélectionner des idées, les dessiner, créer un site et un univers… Le plus difficile est certainement de réussir à trouver un juste milieu entre tout ce qu’on voudrait réaliser et la réalité des choses et des prix. Mais chaque difficulté surmontée, est une nouvelle compétence acquise, cela vaut le coup! J’ai aussi choisi un modèle économique de départ qui m’évitait de prendre trop risques, peu d’investissements, de la vente en ligne principalement, un flux très tendu etc. » Depuis, Agathe sait son entreprise viable et cherche maintenant à se développer, s’agrandir.

Sur inst : @_coeurdebeurre_

Côté presse : Pome et Bastien

Bastien et Pome

Qui a dit que la presse écrite était morte ? En tout cas pas Pome et Bastien, un jeune couple de Normands qui a osé créer « Wedding magazine » il y a un peu plus de trois ans, un mensuel spécialisé dans le mariage qui cartonne. Alors, est-ce plus facile de monter un tel projet en province qu’à Paris ? Pome de répondre que l’avantage est surtout lié à la proximité avec leurs proches : « Etrangement, je n’ai pas eu beaucoup de craintes en lançant le projet, je crois que nous ne réalisions pas vraiment l’ampleur et la quantité de travail qui nous attendait après le lancement. N’étant pas issus du milieu de la presse l’un comme l’autre, il a fallu très rapidement apprendre et faire nos preuves pour pouvoir être crédible et viabiliser le projet. Les difficultés sont psychologiques mais à partir du moment on l’on se dit qu’on ne risque pas grand-chose et qu’on se donne à fond ces obstacles sont beaucoup plus faciles à surmonter. » Aujourd’hui le couple est parvenu à trouver son équilibre, pouvant profiter à nouveau de ses week-ends tout en offrant aux lecteurs des contenus toujours plus beaux et originaux. A eux seuls, ils ont réussi à dépoussiérer le concept de mariage, ses traditions et son lot d’obligations. Ainsi, d’un numéro à l’autre, la mariée change de style et arbore des robes de nouveaux créateurs, il y en a pour tous les goûts. La modernité réside dans leur façon de choisir les models aussi, souvent des jeunes femmes caennaises qu’ils connaissent bien, mais aussi dans la sélection des photographes comme Arthur Joncour ou encore dans le set up des décors en faisant appel à d’autres jeunes entrepreneurs caennais comme Morgane Cerda et son concept store Chez Roberta. Un cocktail qui a tout bon. 

Sur insta : @leweddingmagazine

Côté pâtisserie : Diane

Une des créations de Diane – Crédit photo : Alexis Leclercq

Oser suivre ses envies, quitte à faire un virage à 180° dans sa vie pro et perso, tel a été le destin de Diane. En 2009, elle quitte Caen pour suivre des études de mode à Paris et se spécialise dans la lingerie. Elle travaille  rapidement pour des grands noms dans ce milieu où la minutie et le détail sont de mise. Mais voilà, elle le sait, sa vie (amoureuse) est à Caen. Elle reconsidère alors tout son parcours, pense à ce qu’elle aime faire et sa passion de petite fille revient au galop : « J’ai toujours aimé faire la cuisine et surtout la pâtisserie. Petite on me donnait des livres de pâtisserie pour apprendre à lire. La pâtisserie et la mode ne sont pas très différents cela reste toujours de la créations. » Elle reprend ainsi ses études, suit une formation CAP pâtisserie et cumule les stages prestigieux comme au palais de l’Elysée. Elle voit en Caen la possibilité de se lancer à son compte parce que la proximité des proches, parce qu’une ville qu’elle connait bien avec des gens qu’elle connait bien… Aujourd’hui, Diane est à son compte, propose des tartes aussi belles que délicieuses, réalisées avec les fruits de saison. Et pour rester dans son univers initiale, Diane ne pâtisse pas uniquement, elle confectionne des « collections » de tartes en automne, en hiver, en printemps et en été. Les particuliers caennais se sont refilés le mot, bien décidés à ne pas laisser ses tartes rhubarbe-amande dans un coin. Et parce que Caen est décidément une ville où il fait bon s’unir, Diane vend également ses tartes chez Karim et Julien. Tiens tiens …

Sur insta : @lestudiopatisserie

Côté architecture : Peter

Peter arborant fièrement le logo de Chrysalide concept store à son épaule

Parti faire ses études d’architecture à Rennes, Peter est revenu à Caen, sa ville de toujours, avec son diplôme en poche et surtout une envie fiévreuse de créer jusqu’au moindre détail grâce à son concept store Chrysalide (un nom qui en dit long) : « Je vois la conception architecturale comme une recherche d’harmonie entre les notions de matière, de volume, de lumière et surtout des proportions. Le design fait partie de la pratique architecturale. Pour citer quelques architectes qui allaient jusqu’à dessiner les poignées de porte, les lampes de chevets ou le mobilier, on peut nommer Le Corbusier, Mies van de Rohe, Rietveld, Souto de Mura, Jean Nouvel. Certains le faisaient uniquement pour un projet bien précis et d’autre y trouvaient un moyen d’expérimenter les matières et les formes. Créer le Chrysalide conceptstore en parallèle de mon atelier a permis de donner forme à une entité pluridisciplinaire où il est autant facile pour les prestataires que les clients d’expérimenter. » Caen sonne alors comme une évidence, d’autant plus que, pour lui, la ville connaît un renouveau sans précédant  : « Caen est une ville qui est dans un tournant majeur en terme de développement et de grands projets urbains dont celui de la presqu’île fait partie. Le milieu artistique et culturel se développe énormément, bien qu’on ne soit qu’aux prémices, l’intérêt grandissant pour l’art notamment le street art, aide à la sensibilisation de l’architecture et du design. Et qui sait, peut être qu’un jour en Normandie et à Caen tous les acteurs prendront au sérieux la loi du 1% artistique et qu’elle sera appliquée de manière aussi réussie qu’en région de Nantes et Lyon. Son respect et son soutien apporteraient beaucoup aux changements de perception sur les milieux artistiques et architecturaux. Cela permet également d’entamer des collaborations et relations entre artistes et architectes. » Plus artiste que concepteur, Peter vous parle d’architecture comme un musicien qui vous parlerait des jeux des notes ensembles et ça force le respect : « Tout mon travail découle d’une forte sensibilité aux détails. Comme dans une symphonie où une seule fausse note peut rompre l’harmonie. Quand je dessine je cherche à ce que la transposition de l’intention en forme sensible soit interprétée sans ambiguïté. »

Sur insta : @atelierpeterphilippeau

Longue vie à eux et tous ceux qui osent entreprendre. 

2 commentaires

  1. Caen, c’est ma ville, merci à Marcelle de nous faire découvrir ces jeunes talents qui vont redonner vie à cette si jolie ville qui commençait à s’endormir !

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