« L’écriture et le vin nature me font vibrer », rencontre avec Pauline, blogueuse et chasseuse de bon vin

Pauline Dupin-Aymard du blog « Chassez le naturel »

Qui a dit que les blogs ne portaient que sur la mode, la beauté et le moi-moi-moi ? Certes, depuis quelques années, l’art de la parole libérée, possible grâce à ces super sites d’expression, s’est galvaudé au prix d’une surexposition jamais égalée auparavant. Mais, heureusement, il existe encore quelques petites pépites où authenticité et passion sont les maîtres mots. C’est le cas avec « Chassez le naturel » de Pauline, une Bordelaise de 27 ans qui a la bougeotte et un amour fou pour le terroir français. Comment en est-elle venue à sillonner la France, seule, dans une camionnette alors qu’elle a commencé sa vie d’adulte dans une prépa littéraire ? Voici une rencontre 100% épicurienne, à lire avec un bon fromage et verre de vin sous la main.

Nous nous sommes rencontrées toutes les deux en hypockhâgne, à Paris. Et puis nos chemins se sont séparés. Peux-tu nous raconter ton parcours atypique ? Comment devient-on chasseuse de bon vin ?

Née à Bordeaux, je suis venue à Paris à 17 ans pour faire hypokhâgne et khâgne, puis une école de commerce. Je réalise un stage dans une cave à vins. Je tombe sous le charme des vins et du caviste… Je finis par créer avec lui et un chef étoilé au guide Michelin Brut, un bar à vins et à fromages dans le XVIe arrondissement. Je me sépare du caviste. Je me retrouve seule à gérer la boutique même si je reste associée au chef. Je me mets sérieusement au vin, je deviens de plus en plus capable d’identifier ce que j’aime ou non, je rencontre des vigneron(ne)s, des restaurateurs et surtout j’affine mon goût avec une préférence pour le 100 % naturel dans la sélection des vins. Comme je tourne un peu en rond, je pars en 2017 bosser une année en restaurants spécialisés dans les vins naturels à Londres. Je reviens à Bordeaux à la fin de l’année et finis par me lancer mon projet « Chassez le naturel ».

Pourquoi ce blog ?

L’écriture et le vin nature me font vibrer. Ce sont les deux trucs qui me font vraiment décoller de la surface de la terre. J’étais frustrée des rencontres avec les vigneron(ne)s sur les salons, jamais très authentiques car on est tous trop occupé à promouvoir, trop de monde, pas assez de temps, trop vite ivres, et aussi j’étais frustrée du rapport au vin dans la restauration, où beaucoup de professionnels ne mettent jamais les pieds dans les vignes, jugent et vendent des vins sans connaître l’histoire du produit et des producteurs. Il me semblait qu’il y avait une déconnexion aberrante. Et puis, j’avais envie de voyager, de bouger, d’aller voir, comment ça se passait vraiment du plant de vigne qui prend le soleil à flanc de montagne à Banyuls à la bouteille qu’on s’enfile à Paris ou à Londres. J’avais envie de retisser ce lien-là avec mes mots, de donner un visage aux vins qu’on boit, de raconter l’histoire de ces gens qui portent une sagesse infinie selon moi.

En quelques semaines, j’ai acheté une fourgonnette, je l’ai aménagée sommairement, j’ai créé ce site, quelques éléments graphiques pour illustrer un peu mon projet, et puis voilà, j’ai pris mon téléphone et j’ai commencé à contacter les vigneron(ne)s autour de moi, y aller, y rester, y bosser un peu, et tracer ma route comme ça. J’essaie vraiment d’écrire des textes vivants, des textes naturels eux-aussi, qui ressemblent aux personnes que je rencontre, j’essaie que ça puisse parler à chacun, même à ceux qui connaissent mal les vins nature, j’essaie que ça soit humain et vibrant, de faire passer la philosophie, l’esprit de chaque domaine. Et puis de m’éclater aussi. Raconter une histoire. Contextualiser. Le vin, c’est une vigne, du raisin, une terre, une famille ou non, une histoire de vie, une rencontre, du partage, des joies, des galères, un truc qui se calcule, un truc complètement aléatoire, c’est porteur d’un million de valeurs, d’idées, de caractères uniques, c’est, pfiou, grand, je pourrais en parler longtemps, tiens d’ailleurs c’est ce que je vais faire.

Ca t’apporte quoi ?

Je fais, je suis 100% ce que j’aime. Ecrire, boire, manger, découvrir, rencontrer, sauter dans l’inconnu, bouger tout le temps, être stimulé sans arrêt, jamais de routine, et se fondre dans l’univers des autres pour essayer de l’appréhender, et raconter, se lasser aller, lâcher prise, partager.

Quelle est la plus belle rencontre que tu aies faite grâce à ton blog ?

Oulala. Il y en a beaucoup ! J’ai été touchée par la démarche de Edouard Adam du domaine MADA, c’est lui qui m’a contactée, il m’a fait complètement entrer dans son univers à lui, et sa copine, et il m’a dit « ben je sais pas, j’aimais bien ton blog, et j’étais juste curieux de te rencontrer ». C’est ouf ce sentiment de pureté qui passe au travers de ceux qui sont ouverts sur le partage et l’échange, simplement.

Quel est le meilleur vin que tu aies bu ?

Impossible à dire. Désolée, j’en bois beaucoup (trop), je m’extasie souvent, c’est ça le bonheur, je préfère considérer chaque vin dans l’unicité de son histoire, ça ne m’intéresse pas beaucoup de comparer et de faire des palmarès, il y a beaucoup de vins qui m’ont marquée, ils sont aussi souvent associés à des moments particuliers, c’est ça qui est beau, et que j’aime retenir.

Si tu devais conseiller un vin pour accompagner une viande ?

Ça dépend, viande blanche ou viande rouge ? Du Gamay pourquoi pas, le Morgon des Perraud, sur l’éclat du fruit, frais, et en même temps velouté, charmeur, ça peut matcher pas mal de viandes.

Un poisson ?

Là aussi, ça dépend du poisson ! Mais allez, je ferais bien la cuvée Gisèle de Closeries des Moussis dans le médoc, un sauvignon loin des trucs trop salades de fruits, qui sont trop riches et exubérants, non là c’est un vin super frais, une acidité qui prend sur les bords des deux joues, tout en finesse.

Un dessert ?

La cuvée Joko, ça veut dire le jeu (//le pari) en basque. C’est fait en Irouleguy par Bixente Bordatto et sa compagne. C’est un vin doux naturel, du tannat, dans lequel ils ajoutent un peu d’eau-de-vie de pommes, ce qui tranche sur le sucre, résultat, c’est doux et soyeux, un jus bien noir, mais c’est pas lourd, pas pâteux, confituré, mais avec la légèreté, avec un gâteau choco, ça, ça doit être, final.

Un fromage ?

Je suis une fan de comté. Je n’ai pas encore été dans le Jura, et j’ai bien hâte d’y aller. Alors franchement moi un Savagnin avec un vieux comté, pour moi, c’est un peu l’accord qui rend croyant. Il y a de très belles choses dans le Jura, le domaine Wicky, tout petit domaine, fait des trucs de dingues, je ne les connais pas, mais je suis vraiment impatiente…

La littérature est ta première formation. Y’a-t-il un livre ou un auteur qui t’inspire ou t’a inspiré le plus dans ton périple ?

Ah ! Beaucoup je crois, mais je n’en ai pas totalement conscience encore. Le trio Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, j’y pense beaucoup. Le côté poète maudit, le mal du siècle, je m’y retrouve bien ! Mais même si j’ai mon petit côté artiste triste, ou philosophe résignée, je suis bien plus optimiste et joyeuse qu’eux. Mais leurs poèmes m’ont toujours beaucoup parlée, leur façon de décrire la nature, la société, l’art.

Pauline dans sa camionnette

Si tu devais comparer un bon vin à un roman, lequel serait-il ?

Je suis en train de lire « Je vais m’y mettre » de Florent Oiseau. C’est une écriture très simple, c’est franc du collier, c’est drôle et authentique, un récit de vie d’un mec au chômage qui se dit qu’il doit commencer à faire un truc de sa vie, mais il est un peu feignant, un bon vivant, qui se laisse aller, se la coule douce, mais un bon gars. Ben j’aime bien, c’est bon de lire des trucs comme ça, très bien écrit et pas prétentieux, des trucs vrais, un peu putassiers, mais pas maquillés, qui disent les imperfections, les incohérences de la vie. Moi ça me donne de l’énergie.

Comprendre un vin naturel c’est un peu la même démarche. Tu bois un truc pur, brut de décoffrage dans le sens où le vin dit tout : la maturité du raisin, la typicité d’un millésime, d’un sol, la philosophie d’une équipe humaine… On est dans la vérité. Et c’est bon. Même si c’est pas parfait. D’ailleurs je sais pas ce que c’est un vin parfait.

As-tu des projets pour la suite ?

J’aimerais beaucoup lancer une version papier de Chassez le Naturel, un magazine quoi. Un livre aussi, ça trotte dans ma tête, mais ça prend du temps tout ça, c’est la nature, il faut laisser mûrir les projets, mais j’ai pleins, pleins, pleins d’idées….

Retrouvez Pauline sur son blog Chassez le naturel.

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